[ATTRIBUTION MONDIAL 2026]-Quelle chance pour le Maroc face au trio Etats-Unis/Mexique/Canada?

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Candidat, pour la cinquième fois, à l’organisation de la Coupe du monde, le Maroc sera fixé sur son sort ce mercredi 13 juin, à Moscou. Les 211 membres de la Fifa seront invités à choisir entre le Royaume chérifien, «candidat officiel» de l’Afrique et de la Ligue arabe, et le trio Etats-Unis-Canada-Mexique. Une première à double titre : jusqu’à présent, seuls les membres du comité exécutif de la Fifa votaient (19 puis 24 membres), et ils le faisaient dans une opacité alimentant les doutes sur l’honnêteté du scrutin. Cette fois, plus de « grands électeurs » ni de votes secrets : les choix de chacun des adhérents de la Fédération internationale seront rendus publics à l’issue de la désignation. Cette procédure, qui se veut plus vertueuse, plus démocratique et plus transparente, a été décidée après les polémiques sur l’attribution des Coupes du monde 2018 et 2022 à la Russie et au Qatar.

Pour nos voisins du Maghreb, qui ont bénéficié du soutien remarqué de l’Algérie, le défi organisationnel est de taille. Le Mondial 2026 réunira 48 équipes (contre 32 actuellement). La plupart des stades prévus pour l’événement n’existent encore qu’à l’état de maquette. Même si les autorités se veulent rassurantes, et même si les forces politiques font bloc derrière la candidature du royaume, le débat sur la dérive des coûts liés à l’organisation d’un pareil événement ne manquera pas d’être relancé si le Maroc venait à être désigné.

Le Maroc a encore en mémoire la meurtrissure provoquée par sa défaite, «en finale», face à l’Afrique du Sud. Les deux pays étaient en lice pour le Mondial 2010. L’Afrique du Sud avait été désignée le 15 mai 2004 par 14 votes, contre 10 au Maroc. Ses «trois présidents» -Thabo Mbeki, l’icône Nelson Mandela et Frederick De Klerk, le «Gorbatchev» afrikaner - avaient fait le déplacement à Zurich. Mais d’autres raisons, moins avouables, ont peut-être fait pencher la balance. En 2015, un membre botswanais du conseil exécutif révélait à la presse anglaise - documents sonores à l’appui - que le scrutin, remporté par le Maroc, 13 voix contre 11, avait été truqué!

Les Etats-Unis, de leur côté, auront à cœur d’effacer l’humiliation de décembre 2010, lorsque le comité exécutif de la Fifa leur avait préféré la candidature qatarie. Maroc contre Etats-Unis, c’est un peu le pot de terre contre le pot de fer. Néanmoins, sur le papier, les Marocains ont des atouts à faire valoir. La ferveur populaire entourant leur candidature, la proximité avec l’Europe, synonyme de déplacements facilités pour les supporters, mais aussi de droits télévisés plus onéreux, absence de décalage horaire oblige, et une tradition d’accueil légendaire. Les artisans de la candidature chérifienne espéraient secrètement capitaliser sur la vague anti-Trump. Difficile, en effet, pour une nation africaine de justifier un vote en faveur d’un pays présidé par Donald Trump, après les déclarations de ce dernier sur les pays africains «trous à merde» (« shitholes»). L’architecture de la candidature du trio nord-américain pouvait également prêter à sourire : associer les Etats-Unis et le Mexique, alors que le même Trump rêve d’édifier un mur électrifié à la frontière, en faisant payer Mexico, paraît assez incongru.

Sur le papier, donc, le Maroc n’est pas battu d’avance. Mais la compétition sera-t-elle réellement loyale et transparente ? Gianni Infantino, le président de la Fifa, n’a pas oublié que la colère américaine a été pour beaucoup dans la chute de son prédécesseur Sepp Blatter. L’attitude peu conciliante de la « task force de la Fifa » chargée d’inspecter les sites marocains, mi-avril, a semé le trouble.

Le cahier des charges exhaustif incombant aux pays candidats n’a été communiqué aux Marocains que trois jours avant cette visite, et semblait taillé sur mesure pour le trio nord-américain! Les inspecteurs ont également relevé des prétextes assez futiles, comme l’existence d’une législation anti-LGBT, pour justifier leurs réserves. Même si l’éventualité d’une disqualification du Maroc sur tapis vert paraît peu probable, les pressions américaines risquent d’avoir un effet dévastateur sur les votants. Donald Trump n’est pas Barack Obama. Le nouveau locataire de la Maison-Blanche l’a fait savoir sans ambages sur son compte Twitter, le 26 avril : «Il serait honteux, pour des pays que nous avons toujours soutenus, de s’opposer à la candidature américaine». Quelques jours plus tard, alors qu’il recevait son homologue nigérian Muhammadu Buhari, il s’était montré encore plus explicite, en faisant un lien entre le soutien à la candidature américaine et l’aide économique US. Les Africains ne sont pas les seuls à faire l’objet de ce chantage: les Saoudiens, qui, il est vrai, doivent beaucoup à Trump sur le dossier iranien, ont fait savoir, par la voix de Turki Al Sheikh, l’un des plus influents conseillers de «MBS», que leur pays n’avait jamais promis son soutien au Maroc.

Avec autre presse

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